Ouragan Matthew - Bulletins d'information
 
 

03/02/2017 - Bulletin n°17

Matthew et TNI : une bonne surprise !

Le cyclone Matthew n’a pas épargné les écoles du Sud et de la Grand’Anse dotées du Tableau Numérique Interactif.

Dès que les interventions les plus urgentes ont été achevées, nos équipes ont pu commencer à recenser les vidéoprojecteurs : la plupart étaient soumis aux caprices du vent et de la pluie depuis plusieurs jours car ils n’étaient plus protégés par les toitures qui avaient été presque partout arrachées. Les vidéoprojecteurs ont alors été démontés et mis à l’abri.

Démontage et nettoyage des pièces, séchage et remontage… A notre grande surprise, la quasi-totalité des TNI ont redémarré sans problème.

Nous avions pu vérifier la solidité de ces équipements en constatant le nombre très limité de pannes auxquelles nous avions été confrontés. La plupart du temps, ces pannes étaient liées à la lampe du vidéoprojecteur qu’il suffisait alors de changer. Mais nous n’imaginions pas que les vidéoprojecteurs résisteraient aux intempéries pendant plusieurs jours (plusieurs semaines pour ceux situés dans des zones plus difficilement accessibles).

Démontage


Séchage


Bien entendu, il nous faudra juger sur la durée que les TNI n’ont pas été usés par ces évènements. Mais nous ne regrettons pas d’avoir choisi ce modèle adapté aux climats tropicaux (dixit la publicité) et dont certains dénigraient la robustesse, car trop lourds, trop gros, trop chers…

Pely, technicien HF du Sud, démonte puis nettoie chaque bloc du vidéoprojecteur.
 
Yohann, ex-Volontaire de Solidarité Internationale, est revenu en Haïti après
le cyclone pour participer aux actions d'urgence et de reconstruction.


Nous avons eu une autre surprise en faisant le bilan du passage de l’ouragan dans le groupe scolaire Paradis des Indiens aux Abricots. Nous y avions déployé plusieurs installations solaires, les panneaux fixés en haut de solides poteaux métalliques fichés dans un coffret de béton. Situés au cœur de la trajectoire du cyclone, panneaux et poteaux avaient-ils résisté aux bourrasques de plus de 200 km ? Avaient-ils été endommagés par les projectiles de toutes sortes propulsés dans les airs par les vents en furie ?

C’est la question que nous nous posions en nous rendant aux Abricots pour faire un bilan général avec Mica de Verteuil et Brunache, le formateur d’Haiti Futur pour la Grand’Anse. Eh bien, les poteaux supportant les panneaux n’étaient pas tous tombés : la plupart avaient été pliés, parfois presque au raz-du sol mais leurs panneaux toujours fixés et dirigés vers le ciel. Certains récupérables, d'autres, frappés par des objets volants, devenus inutilisables...


De retour à Camp-Perrin, nous sommes prenons conscience que nous devons disposer d'un espace où nous pourrons, si nécessaire, stocker du matériel en nombre et réaliser des opérations de maintenance de masse. Décision prise avec Vivens - le coordonateur des techniciens du Sud de construire un atelier de maintenance qui pourra également par la suite être un lieu de formation à l'entretien de ce matériel.

Début janvier 2017 le terrain est trouvé et les travaux de fondation peuvent démarrer...

 

 




19/11/2016 - Bulletin n°16

Première réhabilitation d'école !

Le premier chantier de réhabilitation d'école concernait l'école de la Mission Baptiste (MEBSH) de Picot (2ème section rurale de Camp-Perrin) que nous avons présentée dans notre bulletin n°14. Les matériaux (tôles et poutres pour les charpentes) avaient été livrés par Oxfam et les ouvriers avaient reçu une formation à la construction paracyclonique avant de démarrer le chantier.

Cette importante école (350 enfants) avait été choisie parce qu'elle était en mesure d'accueillir, une fois réhabilitée, une deuxième vacation d'élèves d'une autre école l'après-midi. La direction de l'établissement ayant souscrit à cette
démarche "solidaire", le chantier pouvait démarrer sans délai.

Nous avons reçu en début de semaine le compte-rendu de chantier de Thomas Graveleine, Volontaire de Solidarité Internationale d'Haïti Futur pour le département du Sud:



Le chantier de Picot s'est terminé mardi 8 novembre pour la charpente, et jeudi 10 pour les dernières finitions de maçonnerie.

La charpente est vraiment belle. Concernant la maçonnerie, nous avons fait tomber les pignons des murs intermédiaires. Sans chaînage, ils menaçaient de tomber sur les élèves !

Nous avons dû rehausser un peu le mur à l’extrémité pour atteindre les 30 degrés de pente du toit recommandés dans les constructions paracycloniques.

Les cours ont repris avant même la fin des travaux. C'était beau à voir!




Les élèves ont aidé à déblayer les quelques gravats et à nettoyer l’école après les travaux. Toute la communauté est très reconnaissante envers Haiti Futur et ses partenaires.

Avec M. Bazelais, professeur d'enseignement technique, nous avons sélectionné les quatre meilleurs boss charpentiers qui auront la responsabilité des autres chantiers..



 

 

L'inauguration

Ce matin du 16 novembre a eu lieu une très belle cérémonie pour l'inauguration de l'école de Picot, pendant près de deux heures.

Étaient présents :
- le directeur départemental de l'éducation, M. Dorval
- le maire de Camp Perrin, M. Tilus,
- une inspectrice qui représentait l'inspecteur académique, M. Jolivert
- le pasteur Calixte de Picot
- le directeur de l'école de Picot
- le diacre et différents responsables religieux protestants
- le professeur Bazelais et le directeur du lycée des Salésiens
- des représentants de Protos
- des représentants d'Oxfam
- des membres de la communauté de Picot
- les professeurs de l'école
- des parents d'élèves
- les élèves
- toute l'équipe Haïti Futur
- Youri, Sophie, Rémi, Julie..
- tous les boss charpentiers

Un diplome "Honneur et Mérite" a été décerné à Haïti Futur par l'école de Picot.

Je vous adresse quelques photos de ce moment chargé d'émotion pour tous les participants...


Les cours en deux vacations ont pu démarrer, quelques jours avant l'inauguration officielle. Thomas travaille avec l'inspecteur principal et l'équipe technique au choix des deux nouvelles écoles à réhabiliter.

Ce premier chantier a été riche en enseignements sur l'organisation, le choix des matériaux, la formation au paracyclonique etc. Les prochains chantiers bénéficieront de cette expérience acquise et, nous l'espérons, reproductible dans les autres zones dévastées.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Les élèves donnent un coup de main pour déblayer les gravats...
 
 
L'inauguration !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 



07/11/2016 - Bulletin n°15

Rapport sur le jardin botanique des Cayes

Ce jeudi 3 novembre, j’ai visité le jardin botanique à la demande du coordonnateur. J’avais pris rendez-vous avec l'Agronome Cinéa mais j’ai été accueillie par l'Agronome Jones Silien qui m’a fait un rapport sur le niveau de perte et m’a fait visiter le jardin pour prendre quelques photos.

D’une manière générale, les 8 hectares de terre ont été touchés mais le niveau de perte est plus élevé dans certaines parties que d’autres. Leur plus grande perte concerne la serre, en particulier la partie conservatoire des plantes endémiques et des plantes natives qui est totalement détruite.

La pépinière, là où l’on fait la reproduction des plantes est gravement touchée à cause de gros arbres qui se sont abattus sur cet espace et le système d'irrigation du jardin a été détruit par l’inondation qui s’est produite quelques jours après l'ouragan. Il faut noter aussi qu’il n’y a plus de route pour entrer dans le jardin botanique à cause de cette inondation.

Une bonne partie de la terre à coté de la rivière est déboulée et cette partie de terre était la première qui servait à l’entrée du jardin. En gros sur l’ensemble des pertes, ils ont évalué un déficit de $40.000 US parce que ce sont les parties les plus coûteuses et les matériels techniques les plus importants qui ont été endommagés.

Pour le moment, leurs premières nécessités sont la reconstruction de la serre pour protéger le peu qui reste de plantes endémiques, le système d'irrigation, la réparation de leur bureau parce que la maison aussi a été endommagée et la construction d’un pont pour accéder au jardin.

D’après Agronome Jones, ils ont trouvé beaucoup d’aide technique mais rien sur le plan économique.
Voilà le bilan du passage de l’ouragan et de l’inondation au jardin botanique des Cayes. Je vous adresse quelques photos du désastre.

Hermine Rendel (Haïti Futur - département du Sud)

Haïti Futur a une relation particulière avec le jardin botanique des Cayes.


En effet, dans le cadre des formations d'été 2016, nous y avons organisé des visites pour les enseignants afin d'illustrer sur le terrain les différents cours de sciences expérimentales. A l'issue de ces visites, beaucoup d'enseignants nous ont remerciés en avouant que c'était la première fois qu'ils s'y rendaient et qu'ils avaient mieux compris certains des cours du programme de sciences expérimentales "Les plantes du milieu"...

(Haïti Futur va apporter un soutien financier à la reconstruction du jardin botanique. Pour contribuer à cette action, vous pouvez adresser un chèque à l'ordre d'Haïti Futur - à l'adresse suivante : Haïti Futur, 28 place Jeanne d'Arc 75013 Paris en précisant au dos du chèque "Jardin botanique des Cayes").


 

L’espace d’accueil du jardin
 

Le passage de la rivière au jardin
 

L’inexistence de la 1ère route, terre déboulée
 
 

Préparation de la reproduction des arbres
 

Préparation pour les plantules
 

Réparation de la serre
 
Eté 2016, visite sur le terrain des enseignants formés par Haïti Futur...
 
 
 
 
 





01/11/2016 - Bulletin n°14

Premier chantier !

La première réhabilitation d'écoles a démarré le 25 octobre avec l'école de la Mission Baptiste (MEBSH) de Picot (2ème section rurale de Camp-Perrin). Cette école compte 12 salles de classe et accueille 350 élèves (de la maternelle au secondaire). Ce premier chantier s'inscrit dans le programme de réhabilitation de 40 écoles, publiques et privées, établi avec l'inspecteur principal du Ministère de l'éducation nationale haïtien et associant plusieurs partenaires : OXFAM pour les matériaux, CDAM (Ecole des Salésiens des Cayes pour la formation), PROTOS pour la réhabilitation des toilettes des écoles, Fondation de France et tous les amis d'HF pour le financement des travaux ).

La réhabilitation a été précédée d'une formation des boss (contremaîtres) et des ouvriers aux normes paracycloniques.

[Reportage photos : Thomas Graveleine, Volontaire de Solidarité Internationale (VSI) d'Haïti Futur dans le Sud].


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 




30/10/2016 - Bulletin n°13

Hommage à toutes les victimes oubliées !

Dans le Nouvelliste du 26 octobre, le gouvernement fait état des dégâts causés par le cyclone Matthew estimés à près de 2 milliards de dollars, soit 20% du PIB. D'autres sources ramènent le nombre de personnes décédées à moins de 1000 morts.

Derrière ces froids bilans remontent des témoignages qui illustrent la réalité dépeinte par les acteurs locaux.

L'ancien sénateur de la Grand'Anse, Maxime Roumer, indique dans Le Nouvelliste du 19 octobre avoir enregistré plus de 500 morts dans 3 sections communales de Jérémie et affirme avoir vérifié ses chiffres.

L'organisation paysanne MP3K de la 3ème section communale de Camp-Perrin a dénombré 70 personnes décédées et 5 disparus. Sur ces 4 sections communales, le chiffre de 570 morts est dépassé.

Qu'en est-il au total des 47 sections communales de la Grand'Anse, des 69 sections communales du Sud, sans oublier celles des Nippes, du Sud-Est et du Nord-Ouest également touchées par l'ouragan ?

Ce sont probablement des milliers de victimes décédées et oubliées que le cyclone Matthew laisse sur son lugubre passage.

Qu'un dernier hommage leur soit adressé et ce, à chacun d'entre eux !


 
Nous avons personnellement rencontré :

- Anne-Rose Romélus et Lifanor Espérant, parents de 5 enfants (une fille et 4 garçons) dont Ilvena décédée à l'âge de 6 ans, emportée par la rivière en crue.

- Marie Losa Tibeaud et Vanel Tibeaud, parents de 7 enfants (5 filles et 2 garçons) dont Jeanold décédé à l'âge de 15 ans, emporté avec sa tente de fortune à la montagne (corps non retrouvé).

Les 2 enfants étaient scolarisés à l'école presbytérale de Rhé.


 







27/10/2016 - Bulletin n°12

Mère Nature 2




Mousson, Directrice générale d'ORE à Camp-Perrin, avec qui nous avons mis en place une unité de production de crèmes glacées il y a 3 ans et l'électricité solaire l'année dernière nous écrit :

Chers amis, collègues,

Les premières photos des effets de Matthew m'ont atterrée, je ne comprenais pas ce que je voyais, un paysage lunaire, sombre, des arbres dénudés avec des branches comme des bras tordus, des membres torturés, brisés; des pans de maisons, des murs, pas de toits...

Et le message: "c'est dur de perdre ce que l'on a mis 30 ans à bâtir", et on me parlait des arbres de la propriété à Lamartinière, Camp-Perrin...

Les appels pour une réponse en urgence ont démarré instantanément, que faire dans l'urgence? Ca c'est facile... mais après?

30 ans de "plaidoirie, d'activisme, de militantisme" presque, pour une couverture arborée, pour sauver les écosystèmes, protéger la nature, proposer des alternatives, des astuces pour célébrer la végétation, réincorporer la biomasse dans le sol, permettre à l'eau de s'infiltrer profondément en suivant les racines des arbres et nourrir les cours d'eau sources de vie; permettre aux feuilles des arbres de casser la force des gouttes de pluie avant leur contact avec le sol... et les explications continuent, et nous avons appris à devenir respectueux de l'Environnement, gagnant des petites victoires, constatant qu'un certain remodelage du paysage; allier maintien de la couverture arborée et génération de revenus; satisfaire les besoins primaires et conserver les ressources renouvelables...

Tous ces mots pour dire d'abord l'effroi et le désespoir de constater que la Nature elle-même avait décidé de tout détruire, de faire table-rase de tous les efforts et de s'auto-détruire...

Ironie! Comment continuer à recommander de s'abstenir de couper les arbres quand Nature elle-même pouvait tout balayer en quelques heures? Quel est le sens de notre démarche, de ce combat obstiné à vouloir sauvegarder ... quoi, pourquoi?

La réponse est venue du terrain lui-même, les arbres torturés ont commencé à... bourgeonner une semaine après! Et donc j'ai voulu savoir si cette expérience avait deja été vécue et apprendre ce qu'on pouvait encore espérer.

Ce message est un simple partage avec ceux qui s'interrogent, s'inquiètent ou tout simplement sont intéressés à reprendre, continuer, améliorer nos interventions pour, à la fois, la sauvegarde de la biodiversité, la conservation des espèces endémiques, et aussi la reprise de la production agricole dans un paysage remodelé, semblant cauchemardesque mais pourtant en pleine renaissance...

N'hésitez pas à partager toute la connaissance, experience de situation similaire. Voici ce qui me confirme la régénération, l'expérience d'un ami, Charli Etchegoyen, à St Martin en 1995... :

 
On a vécu Luis en 95, (cyclone de classe 5) 18h de vents cyclonique dont 6h avec des vents au-dessus de 250k/h et des rafales enregistrées à Juliana Airport à 360 k/h. L'oeil nous est passé dessus… au lendemain, plus une feuille d'arbre ou de végétation basse, le karcher d'eau salé avait tout brulé du littoral aux cimes de l’ile, on y a même retrouvé des petits poissons à pic paradis… d'un autre coté, 6 mois après on a eu abondance de tout, les poissons dans les lagons comme j'en avais jamais vu, ça sautait partout au dessus de mon kayak et bien sûr des aigles marins qui revenaient sur les côtes sauvages, avec cette abondance de nourriture. Les iguanes ont démarré leur démographie, (il n'y en avait plus depuis des décennies, seulement dans des cages chez les particuliers) pareil pour des singes qui se sont répandus dans les hauteurs de l'ile après s’être échappé d'un zoo de la partie hollandaise, il y a aujourd’hui 3 espèces dont des sajous d'Amazonie que j'ai rencontrés en bande sur les hauteurs, il y a même des pythons qui apparaissent maintenant. Quant aux végétaux, ils se sont repris abondamment.

Bref la nature après avoir été boostée, comme après tous ces événements climatiques majeurs qui agissent comme des régulateurs sur la bio-diversité locale. Maintenant, avec Sxm, les gens n’ont pas besoin de survivre comme en Haïti, et ont la chance d’avoir envahi seulement le littoral, et donc l’intérieur s’auto-régule tout seul… mais en Haïti ce sera différent, les gens vont d’abord brûler les bois ; charbon, boulanger ou parfois juste pour nettoyer… ce qui risque d’altérer gravement le processus naturel de reconstruction végétale…

On l’a vu à St Martin, partout sur le littoral où les hommes se sont mis à nettoyer les enchevêtrements de branches sur les abords de certain lagons, et aussi une petite forêt où j’avais l’habitude de me promener, et qui a servi d’approvisionnement en bois pour les feux des full-moon d’un bar de plage, cette forêt n’existe plus aujourd’hui et les abords de lagon ont perdu leur mangrove et arbustes qui y avaient un rôle important pour le refuge de certaines espèces, crabes, oiseaux etc… Ce qui veut dire qu’il vaut mieux laisser les amoncellements de branches mortes dans des coins plus ou moins sauvages comme en permaculture. Ce sera un challenge pour enseigner aux Haïtiens d’exploiter le « désordre » qu’a engendré le cyclone au profit d’une renaissance naturelle qui peut, s’il elle est prise en compte, accélérer le processus de reconstruction végétale…

Voilà Mousson ce que je peux témoigner de mes expériences d’observations dans ces domaines. Je vous souhaite plein de courage pour la suite. Sinon communiquons avec skype...

Pour les végétaux, tout s'est mis à rebourgeonner environ 3 semaines après et de façon abondante comme un nouveau printemps alors qu'on était début octobre… de plus le "salage" à nettoyé tout ce qui était maladie, cochenille, poudre noire… qui avait envahi l'ile et affectait les hibiscus, les fruitiers, les feuille de cocotiers….



Toutes les photos : Thomas Graveleine




23/10/2016 - Bulletin n°11

Mère Nature

Les arbres abattus laissant entrevoir de nouveaux paysages - auparavant masqués par les manguiers, palmistes, arbres à pain et autres flamboyants - sont les symboles de la folie destructrice qui s'est abattue dans la nuit du 3 au 4 octobre dernier sur la presqu'île du Sud (mais aussi dans le Sud-Est, sur la Gonave et le Nord-Ouest, ne les oublions pas).

Matthew poursuivait encore sa route vers le continent nord-américain que bourgeonnaient déjà des branches que l'on croyait condamnées, la nature semblant capable de se relever encore plus vite que les hommes qu'elle a mis à terre.

On a rapidement compris au bout de quelques jours, que tout ce bois éparpillé, ces racines exhibées vers le ciel, ces troncs vite tronçonnés pour dégager les routes étaient la maigre compensation que la nature offrait pour s'excuser du carnage. L'odeur du charbon de bois s'est répandue dans tout le district et les scieurs de long ont serré les dents en débitant les premières planches.

Il nous revient qu'à l'annonce d'un probable ouragan, les paysans d'une autre époque émondaient les arbres jugés trop dangereux - combien de dégâts auraient été évités si cette pratique avait perduré ?

Maintenant que les plaies sont vives, branches arrachées et souches à moitié déterrées, les risques d'apparition de virus, de bactéries, de champignons et autres agents pathogènes sont plus grands que jamais.

Des solutions simples existent (badigeonnage d'argile des plaies pour accélérer la cicatrisation et taille nette et propre des branches abimées par exemple).

Mais les hommes et les femmes qui ont tout perdu peuvent-ils seuls réparer la nature mutilée ?

C'est une question que nous posons à nos amis nationaux et internationaux.

Et qui ira aider notre ami Cinéa à se relever ? Créateur du fabuleux Jardin Botanique des Cayes dans lequel nous avons organisé des visites d'enseignants l'été dernier, il pleure son jardin et son rêve anéanti.

(Haïti Futur va apporter un soutien financier à la reconstruction du jardin botanique. Pour contribuer à cette action, vous pouvez adresser un chèque à l'ordre d'Haïti Futur - à l'adresse suivante : Haïti Futur, 28 place Jeanne d'Arc 75013 Paris en précisant au dos du chèque "Jardin botanique des Cayes").

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Eté 2016 : formation d'enseignants organisée par Haïti Futur au Jardin Botanique des Cayes




20/10/2016 - Bulletin n°10

Et la lumière fut

Joël, responsable d'Electriciens Sans Frontières pour les Antilles, n'était pas retourné en Haïti depuis mai 2014, date à laquelle il était venu signer la convention liant ESF, le MENFP, le MTPTC Haïti Futur pour le programme d'électrification et de déploiement de tableaux numériques dans 500 écoles publiques, financé par la Banque Mondiale.

Nous l'avons retrouvé à Camp-Perrin en début de semaine après qu'il a pris l'initiative de se rendre dans le département du Sud pour une première évaluation des besoins en énergie dans les secteurs cruciaux de la santé, de l'habitat et de l'éducation.



Premiers contacts avec le magistrat (le maire), point avec le responsable de l'hôpital Ste Anne privé d'électricité, réunion avec les interlocuteurs des structures d'urgence basées aux Cayes (à une vingtaine de kilomètres de Camp-Perrin) pour identifier les priorités... Joël ne chômera pas pendant les 3 jours passés à Camp-Perrin.
Nous apprenons à cette occasion que la coordination des agences "humanitaires" des Cayes qui définit les actions à mener avec les autorités locales n'a pas prévu de groupe de travail ("table sectorielle" dans le langage ONG) dédié à l'énergie.


Nous profitons de la présence de Joël pour faire avec lui le tour des 3 ateliers qu'Haïti Futur a électrifié en 2015 en y installant des panneaux solaires : l'atelier de sculpture sur pierre et sur bois de Sonno Pierre qui emploie une dizaine d'apprentis et ouvriers, l'atelier de cornes et de couture Mòn Makaya et l'unité de production de mangues séchées et de crèmes glacées basée chez notre partenaire ORE. Tous ont souffert de l'ouragan : si ORE dispose encore d'une génératrice qui lui permet de disposer d'un minimum d'énergie, les deux autres ateliers n'ont plus de ressources électriques.

D'une capacité de 10 000 litres d'eau potable renouvelable, la réserve a été mise en place chez ORE par OXFAM 3 jours après le passage de l'ouragan.
Les panneaux solaires ne se sont pas tous envolés, mais peu sont réutilisables. Premier bilan :
- 9 panneaux réutilisables sur 48 chez ORE,
- 3 sur 24 chez Sonno,
- 2 sur 14 chez Mòn Makaya.

Les premières réparations seront engagées dès le lendemain par Hervé et son équipe venus directement de Port-au-Prince afin que l'activité puisse reprendre au plus vite.


Toiture de l'atelier de cornes Mòn Makaya
En analysant l'impact de l'ouragan sur la distribution électrique, un constat s'impose: la ville de Camp-Perrin n'a bénéficié que de 5h de courant distribué par EDH (Electricité d'Haïti) durant les 3 semaines qui ont précédé la terrible nuit du 3 au 4 octobre. Peut-on développer un pays sans que l'énergie qui est la condition première de ce développement (avec l'éducation) soit à ce point négligée ?

Joël examine les appareils servant à travailler la corne qui sert à fabriquer les bijoux

Joël se rendra sur la côte Sud avant de repartir pour Port-au-Prince afin de réceptionner des kits "énergie" permettant de recharger les batteries de téléphone et d'ordinateurs plus une petite lampe LED) envoyés par ESF, qu'il retournera distribuer dans la zone à la fin de la semaine.

Avant son départ nous nous rendons au collège-séminaire de Mazenod (Camp-Perrin), une des écoles les plus prestigieuses de la presqu'île du Sud. Nous voulons découvrir avec lui l'état de l'auditorium de 400 places qui avait été pressenti pour devenir une annexe de l'Alliance Française des Cayes.

L'appenti où Sonno fabriquait ses meubles en bois et
pierre s'est effondré
Cette idée nous avait enthousiasmés car il n'existe aucun équipement culturel dans le district de Camp-Perrin-Maniche (50 000 habitants environ).
Nous nous promettons d'en toucher un mot à Laurent, responsable de la coopération à l'Ambassade de France et à Eric, président de l'Alliance Française en Haïti, dès notre retour à Port-au-Prince...

Les bambous géants qu'ORE avaient plantés il y a plus
de dix ans ont été arrachés par la force des vents
Nous retrouvons Joël à Port-au-Prince pour un dernier debriefing. Il est accompagné de Serge, représentant d'EDF en Haïti. Ils évoquent l'état du réseau sur la côte Sud qu'ils ont parcourue, la nécessaire et complexe collaboration avec EDH pour alimenter en priorité les zones de production qui n'ont pas été totalement détruites... la distribution envisagée de génératrices de secours et l'implémentation de pylônes solaires dans les localités de la côte les plus touchées...
Chaque problème en soulève dix.

Joël aura malheureusement (ou heureusement !) l'occasion de revenir souvent en Haïti dans les mois qui viennent...
   

L'auditorium de 400 places du collège-séminaire de Mazenod, (Camp-Perrin)
dont une partie de la toiture s'est envolée, avait été pressenti pour devenir
une annexe de l'Alliance Française des Cayes



18/10/2016 - Bulletin n°9

L'arrache-coeur

"Jésus l'a fait" s'affiche fièrement au fronton du tap-tap que nous croisons en pénétrant dans Port-Salut dévasté.

"Merci Mon Dieu" nous accompagnera sur quelques kilomètres à sa sortie, tanguant entre les ornières de la route crevassée avant de filer vers Roche-à-Bateau ou Port-à-Piment...

Entre ces deux actions de grâce, nous longeons le bord de mer, des kilomètres de côtes essorées que les immenses cocotiers arrachés par les vents ont achevées en écrabouillant les murs de béton que le ciel n'avait pu entamer.

Sur la route, nul convoi d'aide humanitaire, nulle mobilisation nationale ou internationale... seules quelques bâches bleues étalées ici ou là signalent qu'un Bon Samaritain a mis les pieds dans la zone depuis 14 jours...


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 




16/10/2016 - Bulletin n°8

Questions à Josette Thomas-Bruffaerts, présidente d'Haïti Futur

Haïti Futur fait du redémarrage rapide des écoles une des priorités de la reconstruction après Matthew. Pour quelles raisons ?


Lorsque la situation est chaotique, et elle l'est, on se pose la question de savoir par quel bout attaquer la reconstruction. Quand tout est détruit, l'habitat, les cultures, le cheptel, il faut redémarrer par un bout qui va restructurer le tissu social. L'école est un bon moyen de le faire. Au-delà de l'enseignement, l'école apporte un cadre structuré. Pour les enfants qui vont trouver un cadre leur permettant de surmonter le traumatisme au contact de leurs camarades et de leurs enseignants, la vie va reprendre son cours...

Le redémarrage de l'école va permettre aux parents d'être plus disponibles pour régler leurs affaires domestiques suite à la catastrophe, sans avoir à s'occuper des enfants toute la journée. Il va également favoriser une assistance alimentaire structurée, par la reprise des cantines scolaires en lieu et place des distributions sauvages souvent inéquitables, dont les plus violents profitent.

On peut aussi envisager que l'école soit un lieu de distribution de plantules aux familles pour encourager le reboisement. C'est aussi dans l'école que les actions d'éducation sanitaires auront le plus de portée. Je pense bien sûr d'abord à la prévention du choléra. Ces actions ne peuvent se faire qu'à l'école, dans un pays où l'habitat est très dispersé.

Comment comptez-vous procéder ? Avec qui ? Avec quels moyens ?

A travers les agences "d'aide d'urgence" (je préfère ce mot à "humanitaires"), il y aura bientôt un afflux de matériaux (tôles, bois, clous, ciment, outillage...) mais il y aura des chaînons manquants qu'Haïti Futur se propose de remplir sans délai :
- l'évaluation des travaux à effectuer,
- le pilotage des chantiers (avec un contrôle du respect des normes paracycloniques),
- le paiement de la main d'oeuvre.

Haïti Futur se propose de remettre en état une quarantaine d'écoles (30 pour le district Camp-Perrin-Maniche et 10 aux Abricots) dans les deux ou 3 mois qui viennent. Nous espérons que cet exemple sera suivi par d'autres structures et organisations partenaires du Ministère, de manière à ce que la totalité des écoles endommagées soient à nouveau opérationnelles très rapidement.

Selon quels critères ces écoles seront-elles choisies, sachant qu'il y a plus de 150 écoles dans le district, endommagées à plus de 80% pour la plupart ?

Il faut des critères qui ne soient pas liés au statut de l'école (privé, public etc.) mais à une analyse réaliste de la situation:
1) L'effectif et la volonté de partage. Les établissements accueillant le plus d'enfants et dont les directeurs accepteront la mise en place d'une double vacation seront favorisés. Cette double vacation permettra à des élèves dont l'école est détruite de venir en classe après la vacation du matin dans une école déjà réouverte.
2) Le niveau de destruction. Nous commencerons avec les écoles où les travaux seront les moins importants afin que les enfants puissent rentrer le plus vite en classe.
3) Le critère spatial. Nous veillerons à une dispersion spatiale bien équilibrée afin de ne pas défavoriser une fois de plus les zones les plus reculées des sections rurales ("le pays en dehors").

Vu l'ampleur des dégâts, personne n'est capable de régler les problèmes tout seul. Une coordination et une collaboration entre tous les acteurs du secteur éducatif est indispensable. N'oublions pas qu'il y a 80% d'écoles privées en Haïti mais elles remplissent une mission de service public. Si nous voulons renforcer la gouvernance de l'état (pour que ce chaos ne se reproduise plus), nous devons travailler ensemble. C'est pour cette raison que nous rencontrons régulièrement l'Inspecteur de zone M. Jolivert Pierre pour faire le point sur la situation et pour éviter des doublons ou des absences dans le choix des établissements.

Concrètement aujourd'hui, où en êtes-vous ?

A ce jour les matériaux ne sont pas encore disponibles (nous espérons qu'ils le seront d'ici quelques jours). Dans l'urgence, nous avons commencé à intervenir sur des écoles qui ne nécessitaient pas de trop de matériaux. Yohann a piloté la réhabilitation de 3 salles de classe à l'école de Rhé en utilisant les tôles existantes et en mastiquant. Dès demain il bâchera 2 autres classes.

Vivens continue son état des lieux détaillé des écoles du district pour répertorier leur degré d'endommagement (toiture, charpente, murs etc.). Les 2/3 des écoles ont été répertoriés à ce jour.

Thomas commence à réclamer des devis et à identifier les contremaîtres-couvreurs avec lesquels nous allons pouvoir travailler et envisager les différentes techniques de reconstruction à mettre en oeuvre. Il est indispensable de ne pas refaire les erreurs de construction qui ont abouti à ce désastre. Une leçon qui ne semble pas avoir été apprise avec les reconstructions de l'après-séisme.

Et le programme d'éducation numérique pour lequel vous travaillez depuis plus de 6 ans ? Matthew l'a-t-il enterré ?

Matthew n'a enterré aucun de nos programmes. Au contraire il a confirmé l'importance des projets entrepris. Nous continuons notre travail dans les départements peu ou pas touchés par l'ouragan. A Jacmel, Marianne a organisé avec l'Université Notre-Dame et Haïti Futur une formation de formateurs du 5 au 15 octobre pour la Faculté des Sciences de l'Education.
Mais pour la Grand'Anse et le département du Sud il faut rester réaliste. Nous ne pouvons continuer en l'état la diffusion des tableaux numériques et les formations car les écoles sont fermées, les matériels et les sources d'énergie endommagés.
Cela va prendre du temps pour tout remettre en état, deux, trois ou 6 mois selon les cas. Mais au fur et à mesure que les écoles rouvriront, nous reprendrons notre programme et nos formations car c'est l'avenir du pays qui est en jeu.


Ecole Immaculée Conception - Camp-Perrin - 15 octobre 2016
Ecole Immaculée Conception - 2014




15/10/2016 - Bulletin n°7

Chaque goutte compte


Lorsque le colibri veut prendre sa part pour éteindre l’incendie, il ne peut le combattre que goutte après goutte, qu’il déverse une par une sur le brasier. Nous nous sentons très colibris ces jours-ci, et un peu seuls.

La station de purification d’eau Sun WaterLife que nous avons apportée de Paris dans nos bagages en début de semaine a été mise en marche hier après-midi dans les hauteurs de Rhé (3ème section rurale de Camp-Perrin) près d’une source qui se déverse dans la ravine.

Cette station de 26 kg a été transportée par moto dans une zone où le dénuement est total pour des centaines de personnes qui ont tout perdu et n’ont reçu aucune aide extérieure depuis plus d’une semaine…

Totalement autonome grâce à ses panneaux solaires amovibles, la station de purification peut traiter 300 litres d’eau/heure et couvrir les besoins journaliers de 400 personnes environ. C’est une petite unité mobile dont les membranes des filtres bloquent le virus du choléra mais conservent les sels minéraux.

Nous avons été surpris par la facilité de mise en route du dispositif qui a été opérationnel en moins d’une heure. Yohann qui a transporté et installé la station nous a précisé que les principaux problèmes auxquels il a été confronté ne sont pas d’ordre technique. Il lui a fallu :

- choisir un point d’eau disposant de suffisamment de débit et accessible à la population environnante très dispersée,

- expliquer à ceux qui doutaient de l’efficacité du traitement de l’eau de la rivière que la station, même si elle n’est pas imposante - elle a la taille d’une valise – produit une eau saine qui ne propagera pas de maladies,

- trouver un local sécurisé pas trop éloigné du point d’eau pour stocker la station pendant la nuit car le lieu de traitement est trop difficile d'accès pour envisager de remonter la station chaque jour du bourg,

- identifier les personnes bien formées qui feront fonctionner la station et organiseront la distribution d’eau pendant plusieurs semaines. Par chance, une petite structure communautaire de la zone pourra prendre en charge le fonctionnement quotidien de la station.

Peut-on imaginer que cette opération soit reproductible à plus grande ampleur ? Que le colibri fasse place à une escadrille de Canadair ?

Dans la course de vitesse à mener contre les épidémies qui menacent, cette technologie légère reproduite à grande échelle peut être une solution pour toucher ceux qui sont trop éloignés des centres de distribution d’eau installés dans les bourgs. Elle peut même être une solution pérenne d'accès à l'eau potable dans les zones reculées.

Mais cela suppose des moyens et de la... volonté.


Acheminement de la station en moto
Choix du lieu d'installation
Premiers tests
 
Choix du lieu définitif et distribution
 




14/10/2016 - Bulletin n°6

Pa gen lavi anko
*

Le 12/10/2016, soit 8 jours après le passage de l'ouragan Matthieu, classé en catégorie 4 (vents supérieurs à 200 km/h détruisant l'ensemble des habitations précaires, nombreuses en Haïti).
A Rhé, troisième section communale de Camp Perrin, Sud, Haïti, à quelques kilomètres du passage de l'œil du cyclone, à une trentaine minute du centre ville de Camp Perrin.

Tôles et toitures entières envolées, arbres ébranchés ou complètement déracinés, glissements de terrain, routes coupées, maisons complètement détruites, cultures et jardins ravagés, montagnes désertiques, odeur de bêtes mortes, chaleur insoutenable … peignent des scènes de désolation au fil de l'avancée vers Rhé.

Mais, il s'agit seulement de bien matériels ici, remplaçables, réparables.

Qu'adviendra-t-il des personnes ayant vécu cet acharnement de violence pendant plus de 12h, ayant TOUT perdu et qui, actuellement, ne vivent plus mais SURVIVENT?


 

L'aide internationale ou gouvernementale pourrait ou aurait déjà du intervenir auprès de ces personnes. Mais, il n'en est rien. Après 8 jours, les habitants de Rhé n'ont vu personne pouvant leur venir en aide et sont démunis, désemparés face aux situations complexes qui se présentent à eux.

La situation est désolante, alarmante, catastrophique et parfois apocalyptique.

Seront-ils capables de se remettre seuls de cette catastrophe ?

Pas d'accès à l'eau potable, plus de nourriture dans les jardins ni dans les arbres, plus aucun bien matériel, parfois plus d'enfant ou de mère ou de père ou les deux, personnes commençant à tomber malades…

Une personne rencontrée a fait état d'une quinzaine de mort dans son entourage, d'autres disent que toutes les personnes vivant encore plus haut dans les montagnes ont été tuées, une organisation locale fait état d'environ 70 morts…

A l'heure où la France est capable de sauver 400 emplois à des coûts exorbitants, qui plus est en achetant du matériel qui ne servira pas de façon optimale; il serait peut être bon que celle-ci soit capable de venir en aide à ces personnes dont la vie est en jeu (et non l'emploi…). N'oublions pas le passé de la France en Haïti et essayons de nous acquitter de cette "dette morale" d'une façon qui pourrait grandir la France.

L'urgence post-ouragan est passée sans que les personnes de Rhé n'aient été concernées par l'aide internationale.
La post-urgence est encore plus importante et les problématiques de maladies, famine et accès à l'eau potable devront être résolues rapidement sous peine d'avoir sur la conscience des centaines de morts…
Il n'est pas trop tard pour agir mais la situation devient urgemment URGENTE !!!!!

Yohann Van Maekelberg

* "La vie n'existe plus", prononcée par certaines personnes rencontrées à Rhé

Ecole presbytérale de Rhé
L'église de Rhé qui servait également d'école
Une habitation "en dur"
 



13/10/2016 - Bulletin n°5

Vers le Sud

Nous quittons Port-au-Prince mardi matin, laissant derrière nous l’habituelle frénésie d’une ville qui semble tout ignorer du drame qui s’est joué une semaine auparavant dans 3 départements à moins de 300 km.
Au fur et à mesure que nous progressons vers le Sud, le paysage change. D’abord des champs de bananiers décapités, puis des arbres arrachés de plus en plus nombreux, de plus en plus épais. Les maisons sur le bord de la route ou à flanc de mornes montrent de plus en plus souvent leur charpente nue, les toitures s’étant envolées avec l’ouragan et l’on devine qu’à l’intérieur de ces 4 murs, il n’y a plus rien.
Leurs habitants s’activent alentour, des objets de toute sorte jonchent le sol et tentent de sécher entre deux averses. Parfois des bouts de toiture scintillent au soleil : ce sont les premières tôles toutes neuves que l’on vient juste de remplacer. Ces éblouissements se répéteront de plus en plus souvent sur les habitations qui longent la route principale qui a été rapidement dégagée.

Jusqu’à St-Louis du Sud, vu de la route nationale 2, l’ouragan semble n’avoir fait que des dégâts matériels. Et les seuls camions de ravitaillement que nous doublons sur notre chemin sont chargés de bouteilles de Coca Cola et de Cola Couronne…
A mesure que l’on se rapproche de Cavaillon, les maisons éventrées sont de plus en plus nombreuses, des trouées de plus en plus larges laissent deviner le nombre considérable d’arbres arrachés. La disparition du feuillage des arbres qui ont résisté modèle un paysage d’hiver jamais vu ici.
C’est dans cette atmosphère de progressif anéantissement que nous arrivons aux Cayes et que nous prenons la route de Camp-Perrin. La population est toujours aussi nombreuse à la sortie des Cayes. Nous remarquons des taxis-moto transportant des tôles neuves roulées. Elles se dirigent toutes vers la zone de Camp-Perrin-Maniche où nous allons bientôt découvrir la désolation…

Dès l’arrivée au-dessus de la ville, la vision est terrifiante : presque aucun arbre intact, la quasi-totalité des maisons touchées – toits arrachés et donc « lessivées » de l’intérieur. Beaucoup de maisons en béton ont eu leurs portes et fenêtres arrachées. La route du Haut et du Bas Camp a été dégagée depuis plusieurs jours. Les toitures des personnes les mieux loties sont déjà en cours de réparation, j’aperçois un ouvrier enfonçant ses clous dans la tôle neuve à l’aide d’une grosse pierre faisant office de marteau. Mais nous allons vite découvrir que la situation est bien pire que nous pouvons l’imaginer en traversant le centre-ville.


 


Un cas d’écoles

Un comité de citoyens s’est réuni dans les locaux de la Protection civile 2 jours après l’ouragan pour faire un premier bilan et répertorier les besoins les plus urgents. Constitué de jeunes désireux d’agir, de personnes influentes de la communauté et d’organisations de la société civile, il a travaillé simultanément et prioritairement sur plusieurs axes :
a) Répertorier les familles en très grandes difficultés, celles qui ont tout perdu et se retrouvent sans ressource.
b) Qualifier les trois priorités : eau, alimentation, abris.
c) Repérer les écoles de la zone pouvant reprendre le plus vite possible une activité normale afin de donner un cadre structurant à des enfants le plus souvent choqués par ce qu’ils ont vécu.

Ce comité, pour lequel la dizaine de techniciens d’Haïti Futur du Sud a immédiatement apporté son soutien actif s’est rapproché de l’organisation humanitaire Oxfam basée aux Cayes qui a été très active dès le lendemain de l’ouragan pour évaluer les dégâts et orienter les premiers secours.
Pour la commune de Camp-Perrin qui compte 45 000 habitants, le bilan officiel est de 45 victimes et 24 disparus (source Protection civile). Tous les intervenants sur le terrain considèrent cependant que le nombre de disparus et de victimes encore non identifiées portent plus vraisemblablement ce chiffre à une centaine de personnes. Comme ces paysans qui récoltaient des pois dans les mornes et dormaient sur place dans des ajoupas de feuillages et qui, surpris par l’ouragan en ont été les premières victimes.
Cette réalité se heurte au discours de l’état qui minimise le bilan alors que tous les indicateurs montrent que celui-ci va bien au-delà des chiffres donnés les premiers jours.

Sur le terrain, la stratégie du comité et d’Haïti Futur porte sur :

L’eau
Oxfam a installé dès les premiers jours qui ont suivi l’ouragan un important centre de distribution d’eau chez ORE (partenaire d’Haïti Futur pour la production de crèmes glacées). Même si Haïti Futur a apporté une station de purification d’eau installé à Ré, de l’autre côté de la ravine, l’urgence consiste à réparer le réseau d’alimentation d’eau. Les intervenants capables d’effectuer ces réparations ont été sollicités et les travaux démarreront dès la réception des pièces manquantes en cours d’achat à Port-au-Prince. Un appel sera lancé aux abonnés de ce réseau d’alimentation d’eau pour qu’ils acceptent de financer une part des travaux sous la forme d’un paiement anticipé de l'abonnement des 10 prochains mois.

Les écoles
Sur les 102 écoles de Camp-Perrin et les 55 écoles de Maniche, 24 servent actuellement d’abris pour ceux qui ont perdu leur habitation. Toutes les écoles qui n’avaient pas de toiture en béton ont vu celle-ci emportée et parfois les murs détruits par des chutes d’arbres. Les écoles les moins endommagées servent d’abris dans des conditions d’hygiène et de salubrité insoutenables pour des dizaines et des dizaines de personnes. La priorité est donc la réouverture rapide des écoles, proposition partagée par l’inspecteur de district et le directeur départemental du MENFP. La réouverture des écoles permettra aux enfants les plus traumatisés de retrouver le plus rapidement possible un environnement rassurant.

La reprise de l’activité scolaire facilitera le contact avec les parents et permettra de récolter des informations sur les familles les plus démunies. Si des cantines scolaires pouvaient être mises en place, elles permettraient d’assurer aux plus jeunes le repas quotidien qu’ils n’ont pas tous actuellement. Les écoles pourraient également devenir des centres de distribution structurés de l’aide, à la place des lieux de distribution sauvage qui profitent aux plus forts.

Ces écoles pourraient fonctionner en deux ou trois vacations par jour afin qu’un maximum de classes puissent en bénéficier. C’est dans ce cadre qu’Haïti Futur s’est engagé à remettre en état une trentaine d’écoles dans les semaines qui viennent. Nos partenaires ont été sollicités pour fournir les matériaux (tôles, clous, outillage) et Haïti Futur prendra en charge la rémunération des ouvriers et des boss, et assurera le pilotage de ces chantiers.

Communication
Le réseau téléphonique a été coupé pendant les 8 premiers jours (en partie rétabli depuis mercredi) mais l’absence d’électricité rend le contact avec certaines zones toujours aussi difficile (les téléphones sont déchargés, les relais endommagés, les chemins souvent inaccessibles).

Photos Thomas Graveleine - Haïti Futur
Eglise de Camp-Perrin


Alerte
Nous continuons d’alerter chaque jour les autorités françaises en Haïti sur la gravité de la situation. Nous savons que Camp Perrin n’est pas la seule des zones ayant été très durement touchées. Les informations qui nous arrivent des Abricots par exemple, où nous sommes très présents avec notre programme d’éducation numérique, sont dramatiques et ne rencontrent pas l’écho médiatique qui pourrait « réveiller les consciences ».

Stratégie
Notre stratégie a consisté à établir le plus rapidement possible un état des lieux précis des besoins les plus urgents. Nous nous sommes focalisés en coordination avec le comité et les organisations les plus actives sur la problématique de l’eau et des écoles que nous souhaitons voir redémarrer le plus rapidement possible. C’est sur ces objectifs que nous alertons chaque jour nos interlocuteurs en France et en Haïti qui ne prennent pas toujours la pleine mesure de l’ampleur de la catastrophe...


Tableau de l'état des lieux détaillé des écoles de la zone Camp-Perrin-Maniche (extrait)




10/10/2016 - Bulletin n°4

Pour ce Bulletin N°4, nous avons échangé avec Christian Fauliau, membre d’Haïti Futur qui a une solide expérience des situations de crise. Voici le résultat de nos premières réflexions inspirées de ses recommandations.

1) On dénombre aujourd'hui plus d'un millier de morts tués par le cyclone, mais le bilan va enore s'alourdir. Les conséquences de la pénurie d'eau et de vivres risquent de faire au moins autant de victimes dans les deux années qui suivent la catastrophe que lors du passage de l’ouragan.

2) Il est donc indispensable de gérer en même temps l'urgence et un appui à la reconstruction fondé sur le renforcement des capacités locales :

a) l'urgence par la mise à disposition massive d'eau potable (risque énorme de recrudescence du choléra) et de vivres. Toutes les récoltes ont disparu, il vaut mieux s'approvisionner dans les autres zones du pays non touchées pour valoriser la production nationale en veillant à ne pas déclencher une forte montée des prix dans ces zones non touchées. Ce serait de fait appauvrir ces populations.

b) Dans l'urgence il faut aussi renforcer les structures locales de santé en ressources humaines et moyens: soigner les nombreux blessés et les suivre mais aussi toutes les personnes complétement démunies qui par manque de nourriture et de logement vont quasi automatiquement tomber malades. Donc eau, nourriture et santé...

c) Préparer le court et le moyen terme. Un élément essentiel : reconstituer le plus vite possible tout le cheptel d'élevage à cycle court : poulet, cabris, cochons. C'est une des réponses les plus rapides à la sortie de la pauvreté. L'opération peut aussi inclure des vaches qui sont essentielles pour les familles monoparentales, les femmes qui les utilisent au profit de leurs enfants avec une très grande efficacité (cf. le travail réalisé par les dons de vaches par le Collectif Haïti de France et d'autres partenaires).

Second élément: préparer les semis des prochaines plantations, fournis par des dons de semences sélectionnées. Les pays voisins de la Caraïbes, surtout la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane, peuvent être mis à contribution.

d) La stratégie de travail.
Accompagner les populations et les structures de proximité dans les opérations de reconstruction. Un fonds de crédits à taux zéro- à travers les caisses populaires des communes touchées - pourrait être instauré dans toutes les communes les plus touchées, pour la reconstruction voire la construction des infrastructures écoles, centres de santé, routes, marchés, maisons etc...

Le cas des structures privées qui de fait rendaient un service public, même s'il était payant là ou l’État était défaillant, demande une attention spécifique, des fonds publics peuvent être utilisés pour les aider à la reconstruction, mais moyennant un engagement clair sur l'exécution de service public dans le futur, une sorte de cahier des charges pour les 5 ou 10 prochaines années.



8/10/2016 - Bulletin n°3 : les priorités

1. Le pont écroulé de Petit Goave, seule voie pour atteindre le Sud a été doublé par un passage à gué praticable par les 4X4 mais pas encore par les véhicules lourds.

2. Cela va nous permettre, Jean Claude et moi, de rejoindre Camp Perrin  après l'arrivée de Jean Paul et Yohann.

3. A Camp Perrin, l'équipe d'Haiti Futur  participe activement à l'évaluation des besoins pour faciliter l'arrivée des secours qui , nous l'espérons, ne tarderont pas.

4. Ici à Port au Prince, l'Ambassade de France coordonne les actions à venir de la France, un officier du corps de pompiers de Guadeloupe est arrivé pour analyser la situation et voir les besoins.

5. Le bilan va continuer à s'alourdir de jour en jour. Hier , nous apprenions le décès de 400 personnes au moins dans la Grand'Anse d'après le député de Corail. Jérémie est détruite à 99% etc.

6. Dès maintenant doit s'engager une reflexion pour que toutes les actions d'urgence qui vont se mettre en place aient le minimum d'effets négatifs sur la dynamique future de reconstruction du pays et n'entraînent pas le pays dans une logique d'assistance sans fin, comme cela a été le cas après le séisme.

7. Le premier risque est l'exode rural : des sections rurales vers les bourgs, de la province vers Port au Prince.

Même si les logisticiens de l'humanitaire aiment être sur les axes routiers et dans les bourgs, il ne faut pas oublier que 90% de la population habitent dans les sections rurales et 10% dans le bourg.

Nous insisterons que pour les secours soient pensés par section rurale et non globalement au niveau communal.

8. La deuxième priorité est la réparation des écoles qui peuvent être rapidement des abris et surtout permettre aux enfants de reprendre le chemin de l'école sans avoir besoin de quitter leur zone pour cela.

9. La demande des agriculteurs porte fortement sur des semences afin de replanter très vite des produits agricoles à cycle court et retrouver rapidement une autonomie et ne pas rester dans une éternelle assistance.

JBT




7/10/2016 - Bulletin n°2 : le bilan de Matthew va continuer à s'alourdir

Les Nations Unies parlent de 350 000 personnes en détresse, le Ministère de l'intérieur a ré-évalué à plus de 100 morts le nombre de victimes.

Cependant, nous restons sans nouvelles de nombreuses régions et lorsqu'elles arriveront , elles viendront encore alourdir sensiblement le bilan actuel. Les 2 départements les plus touchés (Grand'Anse et Sud) totalisent à eux seuls plus de 1.2 millions de personnes.

Nos équipes participent à l'évaluation des dégats sur Camp Perrin. Ceux ci sont massifs.

Camp Perrin, cette commune de plus de 43 000 habitants (estimation de l'institut de statistique de janvier 2012) est probablement sinistrée à plus de 90%.

Un président d'association de la 3ème section rurale de Camp Perrin ( section de plus de 10 000 habitants) a recensé 2270 maisons et qui sont abimées  ( toits envolés ou /et murs endommagés) à près de 99%.

Comment expliquer un nombre finalement faible de blessés ou de morts avec une telle puissance de destruction du cyclone ?

L'urgence va très vite se poser en terme de nourriture, d'eau potable et de reconstruction rapide d'abris couverts (bâches, tôles). La destruction des cultures, des arbres et des cheptels rend vitale la rapidité des secours (de l'ordre de quelques jours)  pour la population.




5/10/2016 - Bulletin n°1 : nouvelles de la presqu'île du Sud

Les nouvelles arrivent peu à peu du Sud car la route est bloquée avec l'écroulement du pont de Petit Goave et les réseaux de téléphone et d'internet ne fonctionnent pratiquement pas. L'absence d'électricité ne permet plus de recharger les batteries de téléphone.

Thomas, volontaire d'Haiti Futur à Camp Perrin et Vivens, notre coordonateur pour le sud nous ont donné les informations suivantes:

"la situation est pire que celle qu'on pouvait imaginer, ce n'est pas un cyclone qui est passé sur Camp Perrin mais une tornade. Tous les arbres sont arrachés, toutes les toitures en tôle ont été emportées, l'église de Camp Perrin a vu son toit emporté et ses murs en pierre effondrés.

Ecoles, maisons, tout est délabré. La route  "En bas Camp" est devenue une rivière.
Pour l'instant , on boit de l'eau de noix de coco et on fait bouillir des bananes qui sont tombées"
.

La destruction des arbres , y compris fruitiers va accentuer les problèmes de pénurie de nourriture, le problème d'eau potable se pose déjà.

La vulnérabilité aux pluies qui peuvent encore revenir est un autre problème. A cela s'ajoutera la question du système d'irrigation de Camp Perrin qui irrigue la plaine des Cayes. Nous sommes sur un niveau de problèmes élevés.

De la région de Jérémie, peu de nouvelles. Les rares nouvelles sont aussi alarmantes pour Jérémie, Bonbon, Anse du Clerc, les Abricots, Dame Marie qui sont dévastées. Anse à Veau est sous les eaux. Deux ponts menant à la Grande Anse sont tombés.