Frère Bernard Collignon

>16/01/2010 - Centre ville de Port-au-Prince

Bilan : Les gens ont transformé toutes les places publiques en terrain de camping, certains ont une petite toile pour les abriter, d'autres n'ont rien. L'État a totalement disparu qu'il s'agisse du ramassage des cadavres ou pour donner à manger à ces gens qui ont tout perdu. L'ONU n'est pas plus présente, on a l'impression qu'elle a mis toutes ses forces pour retrouver des survivants dans leur quartier général qui s'est effondré. Mais on ne la voit pas ailleurs. Les autobus habituellement surchargés sont pris d'assaut. Tous les marchés sont fermés, des pénuries sont à craindre assez rapidement. Les gens semblent hagards, perdus. On les sent même passifs.

Témoignage : « Ce que l'on peut voir est inimaginable : des foules, des milliers de personnes errant dans les rues allant on ne sait où avec un petit baluchon. Les épidémies vont arriver.[…] Des hommes avec des pics, des pelles essaient de percer des passages sous les dalles, beaucoup d'entraide, beaucoup de calme mais les gens sont seuls, livrés à eux-mêmes. Tous ceux qui le peuvent regagnent leur province d'origine. On parle de secours étrangers, on les attend, mais ils ne sont pas encore là et cela va faire deux jours que la catastrophe est arrivée. C'est apocalyptique ! Tous les symboles de l'État et de l'Église sont par terre. Seul a tenu le siège du Premier ministre, sa cour est devenu un camp de réfugiés, de sinistrés. Pour l'Église ce n'est pas mieux. Son archevêque a été tué dans l'effondrement de l'évêché, il ne reste pratiquement rien de la cathédrale. L'église du Sacré-Coeur, St Louis roi de France en ruines. La Villa Manrèse bien connue de tous les visiteurs en Haïti inutilisable. Quand on voit tout cela, on a mal quand on pense à tous les efforts qu'il a fallu faire pour construire ces édifices. Nous, les Frères, dans tout cela nous apparaissons comme des privilégiés. Des dégâts mineurs. Mais nous ne pouvons plus vivre comme avant. Le noviciat est comme en congé tellement nous sommes retournés, incapables de penser à autre chose qu'à ce cataclysme. »

Besoins : Ceux qui connaissent Port au Prince s'y retrouveront, pour les autres, cela donne une ampleur des dégâts. Demain quand la colère grondera, ce ne sera pas facile à gérer. Bientôt tout va manquer. Comme tous les magasins, les banques sont fermées, viendra un jour où il n’y aura plus rien. Pour le moment, les gens partage le peu qu’ils ont mais quand il n’y aura plus rien à partager ? Quand il n’y aura plus de carburant pour le groupe électrogènes que se passera-t-il ? Et la terre continue à trembler...






Mica (projet Paradis des Indiens - Les Abricots)


Voici nos nouvelles. Elles ne sont pas bonnes, mais bien meilleures que celles qui peuvent vous parvenir de Port-au-Prince.

S. notre boursier que vous avez vu sur Thalassa justement sur le bateau le Trois-Rivières, est ici ayant vécu à PAP des atrocités qui le hantent.

Le maire attend 10,000 rescapés aux Abricots. Tout le monde essaie de revenir mais les moyens de transport, excepté pour le Trois-Rivières, sont inexistants. Il paraît que plus de 6000 personnes (certains disent 30,000 estimés à partir d'un hélicoptère) attendent sur le wharf de Jérémie au bas de Delmas. Le bateau ne reste pas au quai, craignant entre autre des malfaiteurs armés qui parait-il sont extrêmement nombreux à travers la ville. Des voleurs volent ceux qui dorment sur les trottoirs. Il faut former des brigades, 10 dorment pendant que 10 surveillent. C'est vraiment l'enfer. Déjà 5000 personnes sont arrivées à Jérémie et de là ont rejoint leurs localités. Si 10,000 personnes arrivent aux Abricots... Heureusement notre maire est en session avec d'autres maires et ils essaient d'avoir du secours médical et alimentaire qui pourrait arriver de la Guadeloupe, Martinique par bateau accostant à Jérémie.

J'ai oublié de mentionner qu'une autre forte secousse ce matin que nous avons ressentie jusqu'ici mais combien diminuée, a fissuré, cassé, une partie du wharf de Jérémie au bas de Delmas à Port-au-Prince.

La population entière de la commune des Abricots a perdu des proches qui sont à Port-au-Prince. C'est le deuil national pour UN MOIS. C'est la chose la plus répréhensible que je puisse imaginer. Impossible d'ouvrir les écoles, alors que cela créerait un semblant de normalité dans les zones non affectées comme la Grand'Anse par exemple. Les enfants seraient ensemble et pourraient discuter, parler comprendre ce qui se passe. Cela pourrait leur faire un bien immense... (...)

Si nous nous sentons aussi mal, que dire des autres qui sont dans les zones sinistrées (...). Le seul moment et rarement où c'est possible de communiquer par téléphone, c'est très tôt le matin, mais les téléphones perdent leur charge et deviennent inutiles à PAP.

Je vous embrasse affectueusement,

Mica





Jacky Lumarque, recteur de l'Université Quisqueya (et fondateur de l'école Fond Jean Noël
)

21/01/2010 - Université Quisqueya à Port-au-Prince

Bilan : Tous les bâtiments ont été détruits y compris le Musée qui accueillait une exposition consacrée au célèbre peintre américain d'origine haïtienne Jean Michel Basquiat et les trois appartements dédiés aux professeurs invités en mission d'enseignement. 11 personnes décédées appartenant à l'université ont été identifiées pour le moment.
Le campus du boulevard Harry Truman(au bicentenaire) a été transformé en un centre d'accueil où 10,000 personnes sinistrées de Cité L'éternel sont déjà installées. Les Centres Gheskio et des médecins américains assistent les malades et les blessés. Il faut attendre que l'enceinte soit sécurisée (les murs de clôture sont à remettre en place) avant d'entrer dans la distribution de nourriture, afin d'éviter les actes de pillage.

Témoignage : " Nous avons dû transformer rapidement une citerne en caveau, dans l'espace du jardin botanique. Ce lieu sera le mausolée dédié aux victimes du séisme. Je remercie spécialement les étudiants et les jeunes volontaires (dont la plupart n'ont même pas fait leur certificat d'études primaires) pour le courage extraordinaire dont ils ont fait preuve en travaillant 48 heures d'affilée afin de sortir des décombres près d'une vingtaine de survivants, sans moyens techniques et au péril de leur vie. Ceux que nous avons vu mourir sous nos yeux sont morts faute de moyens et d'équipements pour écarter les poutres et les dalles entre lesquelles les corps se trouvaient coincés.[…] Nous devrons recommencer à zéro et je n'ai aucun doute sur notre capacité collective à trouver les moyens, l'énergie et la détermination pour le faire. […] Le plus dur est devant nous quand il faudra reconstruire et que les élans de solidarité spontanée et immédiate seront épuisés. Ce sera aux Haïtiens de s'organiser eux-mêmes avec l'aide de réseaux d'amis solidaires qui ne sont pas motivés exclusivement par la recherche de la visibilité médiatique. "

Besoins : Installés tout près du réservoir principal de la Centrale métropolitaine d'eau potable, il faut mettre en place une petite usine de traitement d'eau afin de produire 3 mille gallons d'eau potable par jour, qui pourront desservir les résidents et les " colonies " des quartiers périphériques (Turgeau et Debussy). Dans l'immédiat, Aide et Action est censée faire venir les équipements pour l'installation du centre de traitement d'eau de la République Dominicaine.
L'aide internationale est abondante mais mal coordonnée et les frustrations sont grandes. La population s'est spontanément organisée en " colonies "de quartiers ; il faut soutenir ces structures en les aidant à s'organiser de manière rationnelle, tout en canalisant les secours vers les plus nécessiteux.






Severe Gheto, directeur de l'école Fond Jean Noël


Chers partenaires, collaborateurs et amis.

Des parents et des professeurs de notre école sont très touchés par cette catastrophe, nous venons de recenser 8 parents dont leurs maisons sont détruites entièrement et une quarantaine d'autres gravement endommagées. Je viens de rencontrer une trentaine de parents et six professeurs à l'école pour avoir une estimation plus au moins exacte sur l'ampleur des dégâts, selon eux, ils ne voient pas comment donner quelque chose à manger à leurs enfants.

Nous autres du centre, nous ne pouvons rien faire mais ils comptent quand même sur nous. En général, après une catastrophe naturelle, on parlait toujours il y a des aides mais les paysans de fonds jean noël sont toujours traités en parents pauvres.

Ecoute mes amis, la diaspora des paysans ce sont des proches qui habitaient à Port au Prince et qui envoyaient quelque chose pour eux, étant donné la capitale est détruite entièrement et ces personnes là plusieurs d'entre elles sont mortes et le reste retournent dans la zone sans rien apporter, par conséquent ils vont augmenter la misère des habitants de la communauté.

Voila en gros la situation Je recommande d'envisager un moyen de faire une action humanitaire autour de l'école à très court terme et trouver une formule pour donner au moins un plat chaud par jour aux enfants dès qu'ils retournent en classe.

Un pays ne meurt jamais. Merci de tout cœur et n'oubliez pas que vous avez une mission pour les paysans de Fonds Jean Noël.

Getho Severe Directeur





Ghyslaine Jean Louis, responsable de l'école Les P'tits trésors à Port-au-Prince

20/01/2010 - Ecole " Les P'tits trésors"

Ghyslaine Jean Louis, nouvelle partenaire d'Haïti Futur (des membres d'Haiti Futur ont visitécette école en 2008. Ghyslaine est une éducatrice, sérieuse, compétente et dévouée qui base son enseignement sur la méthode Montessori). Nous n'avions pas encore les moyens de l'aider mais elle était sur notre liste d'attente.

L’école “Les P’tits Trésors” fait partie de ces institutions privées et elle accueille 101 enfants dont l’âge varie entre 2 et 7 ans. La plupart de ces enfants viennent de familles à très basse revenue. Ils habitent dans la zone du Bas Peu de Chose et de Carrefour Feuilles qui comptent parmi les quartiers les plus pauvres de la capitale.

Bilan : L'école en ville a subi des dommages et il est impossible de l'utiliser à court terme.

Témoignage : " Il me faut de l'aide pour mon école ! J'essaie de voir dans quelle mesure je pourrais aider les parents de mon école et éventuellement des parents de la Plaine du Cul de Sac à envoyer leurs enfants à l'école probablement dans les premiers jours de mars. J'ai un bon local en Plaine qui n'a subi aucun dommage et qui serait idéal pour les enfants. C'est une construction légère avec rez de chaussée seulement. "

Une semaine après la catastrophe, il n’est pas trop tôt de penser à l’école. Les parents peuvent être contactés par radio ou par message affiché à la barrière de l’établissement scolaire qui a été touché par le tremblement de terre. Cependant, avant de convoquer les parents, il faudrait pouvoir leur apporter les bonnes nouvelles suivantes :
- la reprise des classes à partir de mars 2010
- la prise en charge du transport des enfants vers un local autre que celui qui a été endommagé
- l’offre d’une collation quotidienne du lundi au vendredi.

Besoins : Cherche des sponsors (l'effectif est de 101 enfants) capables de prendre en charge au moins un enfant chacun à raison de $40 Us par mois pour une période de 4 mois. La clientèle vient surtout des quartiers défavorisés (Bas peu de chose, carrefour Feuilles) et ces quartiers ont été durement éprouvés et toute la population de cette zone vit dans les rues actuellement.





Appel d'urgence du groupe GRESADD de la ville des Cayes

Haiti a été frappé par un violant séisme de magnitude 7 sur l’échelle Ritcher ce mardi 12 janvier 2010. A l’heure même où nous finalisons l’Appel d’Urgence, le contexte humanitaire, déjà complexe, est en train d’évoluer différemment selon les provinces et les zones. Ce contexte est marqué notamment par:

- Des déplacements de populations. Des milieux de personnes sont déplacés vers les villes de province ;

- Des violences contre les civils. La protection demeure plus que jamais une préoccupation majeure et devrait faire l’objet de la plus grande attention de la part des acteurs humanitaires;

- Des mouvements de retours dans les zones de provinces relativement stables. Ces mouvements pourraient s’amplifier, tout au long de 2010, en fonction du degré de consolidation de la stabilité dans les zones concernées;

Face à ce constat accablant, le Groupe de Recherches et de Services en Appui au Développement Durable (GRESADD), de concert avec le « Télé Caramel, chaine 7 » des Cayes qui a déjà organisé un marathon pour secourir certaines personnes en difficultés, se fait le devoir de porter assistance a ces déplacés.

Des milliers de déplacés arrivent chaque au niveau de la ville des Cayes en quête d’aide et de soins. En ce sens, nous estimons urgent de solliciter la générosité des amis d’Haiti et des gens de bonne volonté en général pour venir en aide aux populations affectées.

Notre Appel d'Urgence: Aider 20 familles a se loger et se nourrir

L’objectif principal est de s’assurer que les personnes déplacées et se trouvant dans des situations hautement vulnérables reçoivent des abris d’urgence et un repas chaud pendant un 1 mois.

Les bénéficiaires sont au nombre de 20 familles (environ 100 personnes) déplacées à cause du séisme du 12 janvier 2010. L’accompagnement prend en compte les secours d’urgence et les actions de réinsertion socioéconomique des déplacées.

Notre budget comprend:
- Achat de tentes (shelter) pouvant contenir 6 personnes (1 famille). (1 tente = 62.5$)
- Preparation et distribution d'un repas chaud a 20 familles pendant un 1 mois (1 repas pour une famille - 6.25$)
Budget total: 5125 $



Orphelinat de Sœur Flora à l'Ile à Vache (message de l'association L'île aux enfants d'Haïti)

20/01/10 - Pour commencer, je vous rassure, la dernière secousse de magnitude 6 a été ressenti sur l'île à vache semble t il sans dégâts !

A l’heure où tout le monde se mobilise, je vous envoie les dernières informations de l’Ile à Vache.

Avant tout je me dois de vous transmettre à tous un énorme merci de la part de sœur Flora. Suite au séisme toutes les lignes téléphoniques (y compris les téléphones mobiles) ont été détruites…Sœur Flora a pu communiquer avec notre association par internet via skype et envoyer un appel à l’aide grâce aux ordinateurs et à l’électricité qui ont été mis en place par le projet Eole l’année dernière.

Encore merci à tous de nous avoir fait confiance. Comme vous pouvez le constater l’argent et le support que vous nous avez donné et apporté il y a un an déjà, a véritablement servi !

L'orphelinat de Sœur Flora n’a pas été trop directement touché. Aujourd’hui la situation est critique. D’autant plus critique que l'aide internationale se concentre sur Port au Prince et que les régions reculées comme l’Ile à Vache et ses alentours sont oubliées.

En une semaine le prix du kilo de riz a augmenté d'au moins 40% et nous nous attendons à de grosses pénuries dans les zones reculées.

Il ne faut pas oublier que l’Ile à Vache dépend de la ville des Cayes qui dépend elle-même de Port au prince… et nous pensons que la chaîne humanitaire va essentiellement se concentrer sur Port au Prince.

Nous avons pu communiquer avec Sœur Flora et nous estimons ses ressources pour 3 à 4 semaines maximum ; et cela sans compter une arrivée importante de nouveaux petits orphelins.

L’association est mobilisée. Nous avons pris contact avec l’hôtel port Morgan de l’Ile à Vache (Merci Didier !) qui fait un travail fantastique pour l’aider , organise une plateforme logistique pour sœur Flora en stockant de la nourriture dans un de ses bâtiments.

De plus un voilier a décidé de changer son programme de navigation et à l’heure qu’il est, est en partance de Martinique avec plus d'une tonne de vivres. (arrivée d'ici semaines sur l'île). Et je peux enfin vous annoncer UNE TRES BONNE NOUVELLE :

Un catamaran part vendredi , de France spécialement pour l'île à vache. Nous avons recueilli et acheté 5 tonnes de nourritures, médicaments, produits d'hygiène et vêtements grâce au premiers dons récoltés. (arrivée sur l'île dans un mois).

D’autres bateaux pourraient potentiellement partir dans les prochains jours et nous essayons de créer un « pont maritime » entre la République Dominicaine et l’Ile à Vache.

Notre objectif est de pouvoir assurer la survie alimentaire de l’orphelinat et des plus démunis de l'île. Mais nous connaissons la générosité de sœur Flora et nous savons que cela ne suffira pas. Nous recherchons donc un maximum de fonds pour assurer la survie des enfants et de l’île (...)